Le Chat du Rabbin

Avec Le Chat du rabbin, Joann Sfar, l’un des chefs de file de la nouvelle génération de la bande dessinée apparue dans les années 1990, signe un chef-d’œuvre mêlant fable et conte philosophique, poésie et dessin en liberté.

Un chat qui miaule, c’est normal. Un chat qui parle, ce n’est pas banal. Un perroquet, passe encore. Mais un chat ? Celui-là, justement, a avalé le perroquet de la maison, d’où ce don de la parole (si l’on peut dire, car il s’agit plutôt d’un vol). Mais ce n’est pas tout : il veut faire sa Bar Mitsvah. Certes, c’est le chat d’un rabbin, mais tout de même. Il est bizarre, cet animal. Beau, mais bizarre. Tout gris, efflanqué, avec des oreilles pointues et de grands yeux verts. Il est amoureux de la fille du rabbin, la délicieuse Zlabya. Il va souffrir, forcément...

L’histoire du Chat du rabbin commence à Alger, dans la première moitié du XXe siècle. Sfar ne donne pas de date précise, mais il a indiqué que son récit se situe dans les années 1920. Pour mettre en scène Alger à cette époque, il s’est inspiré de peintures orientalistes des années 1900 et de cartes postales. Il s’est aussi souvenu d’un véritable rabbin qu’il a connu à Nice et qui possédait un perroquet. Au départ, personne ne croyait au succès de ce chat, pas même l’éditeur. Pourtant, depuis la parution du premier tome, en 2002, plus d’un million d’exemplaires ont été vendus. Après le cinquième album, Joann Sfar a fait une pause de neuf ans avant de publier le sixième, en 2015. Entre-temps, il a tout de même adapté sa petite famille de papier sous forme de dessin animé, ce qui lui a valu un César.

La parole, la religion, la philosophie, la poésie... et le dessin

Sfar ne fait pas que mettre en scène le chat, Zlabya et le rabbin. C’est tout un monde qui prend vie sous sa plume, celui de la communauté juive d’Alger avec ses coutumes, ses rituels, son décor, son exotisme. Et puis, Le Chat du rabbin, ce n’est pas qu’une belle histoire pleine de personnages attachants – ce qui serait déjà beaucoup. C’est une réflexion sur le langage, son pouvoir et ses dangers. « Le thème du Chat du rabbin, c’est la parole », a expliqué l’auteur. « À quel moment il faut fermer sa gueule, à quel moment il faut parler, à quel moment il faut dire la vérité, à quel moment il vaut mieux éviter. » Le Chat du rabbin est une fable animalière et humaine, un conte philosophique, une histoire d’amour, un récit d’aventure, un document ethnographique sur l’Algérie du début du XXe siècle. C’est aussi un manifeste contre le racisme, un appel à la tolérance, une interrogation sur la religion, la vérité et le mensonge. C’est une authentique leçon de dessin en liberté. Un hommage à Fred, le créateur de Philémon, et à Hugo Pratt, le « père » de Corto Maltese, sans oublier un clin d’œil en forme de coup de griffe à un célèbre reporter et son petit chien blanc. Et, enfin, un feu d’artifice de mots, de poésie, de réflexions pleines de pertinence et de bon sens. Un chef-d’œuvre, en quelque sorte ? Oui, on peut parler de « chef-d’œuvre » à propos du Chat du rabbin...

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