Résumé

À l'origine êtres doubles et dotés d'une force colossale, les humains avaient la fâcheuse tendance d'exaspérer Zeus en réclamant toujours plus de pouvoir. Comme les dieux avaient encore besoin des mortels les idolâtrer et pour leur bâtir des temples, hors de question de les tuer. Mais les couper en deux, telles des oranges, pourquoi pas ! Puis, par l'entremise de l'Amour, les pousser à être en perpétuelle recherche de leur « complétude originelle ».... Cette théorie, déclamée par l'Aristophane de, Platon dans Le Banquet, oeuvre dans laquelle le philosophe tente de transmettre sa vision de l'amour à travers plusieurs discours, a fondé notre culture et ce sentiment d'être amputé, ce besoin de trouver son âme soeur. Qu'en pense Elena, nouvelle étudiante à la faculté, cheveux ultracourts et musique dans les oreilles dès la sortie de l'amphi ? Mario, son fiancé, rencontré au lycée, était-il son âme soeur ? Elle aussi est coupée en deux, mais plutôt entre la sensation de vivre enfin sa vie et une peur immense... Quel plaisir de retrouver les couleurs et le dessin délicat de Javi Rey dans ce court album de la nouvelle collection « Intermezzo » ! Après avoir illustré avec grand talent des histoires vraies (Violette Morris, Un maillot pour l'Algérie) et des adaptations d'oeuvres littéraires, dont, dernièrement le beau Barrio Negro de Simenon avec José-Louis Bocquet, il poursuit son exploration tendre et subtile des grands passages de la vie. On l'appelait Bebeto traversait la fin de l'enfance et le début de l'adolescence. Ici, dans Les Oranges amères, nous suivons Elena et ses premiers pas dans la vie d'adulte...

Trier par : Ancien

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Une nuit, quatre camarades de chambrée forcent la fenêtre de leur pensionnat pour aller retrouver des filles... Da Costa n'a pas failli à sa réputation et a pu obtenir un « rencard ». À peine échappés, ils doivent faire une pause devant l'annexe, et, au beau milieu de la pelouse, allumer une cigarette : c'est comme ça que ça se passe, là-bas, il faut oser, jouer les bravaches, au risque de se faire prendre si on veut gagner le respect des autres. Les trois autres tailleraient bien la route, eux, mais il y a encore Da Costa, et il porte en haute estime les traditions de l'internat. Seulement voilà, ils font trop de bruit et finissent par réveiller le pion qu'ils croyaient endormi, assommé par trop d'alcool. C'est un drôle d'animal, celui-là, et on se demande bien comment on a pu lui confier la garde des quelque soixante gamins qui dorment ici... Ancien CRS, bas du front et rond comme une barrique, il se saisit de la carabine pendue au-dessus de son bureau et sort sur le parvis. Sans bien savoir quelles sont ces ombres qui s'agitent dans l'obscurité, il pointe le canon de son arme dans leur direction... et tire. Pierre-Henry Gomont a ce don de transformer ses propres histoires en fiction. Après son enfance transfigurée dans Malaterre, il nous conte ici, avec son phrasé inimitable, une histoire survenue pendant ses années de pensionnat. En 32 pages, pour la nouvelle collection « Intermezzo », il saisit avec justesse le moment fugace de l'adolescence. Et la confrontation au monde des adultes.

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Marilou est une jeune femme de son époque enfin, d'une époque charnière, juste avant que Me Too ne vienne fissurer la façade. Elle lit, elle s'informe, elle se forge une conscience féministe. Mais autour d'elle, l'ordre social tient bon : plaire reste une injonction, presque une compétence attendue. Ce week-end, elle quitte le baby-sitting, cette économie discrète qui repose si bien sur les étudiantes, pour endosser un autre uniforme : celui d'hôtesse d'accueil. Direction la demeure de la Veuve Rousseau, où l'on célèbre les 250 ans d'un champagne de prestige. Une femme comme figure de marque, une pionnière érigée en symbole. Mais ce n'est pas parce que les bouteilles affichent le nom de cette féministe avant l'heure que la soirée échappera aux vieux réflexes. Car sous le vernis, la trame est solide. Derrière l'hommage, les hiérarchies persistent. Les femmes servent, accueillent, sourient ; les hommes circulent, consomment, disposent. Rien n'est gagné, surtout pas pour Marilou et ses collègues. À force d'habitude, il devient difficile de dire où commence l'inacceptable. La nouvelle collection « Intermezzo » offre aux autrices et auteurs une parenthèse de création, la possibilité de proposer des récits courts et condensés de 32 pages. Ici, avec la très talentueuse dessinatrice espagnole Cristina Bueno, la scénariste Marzena Sowa déploie à nouveau tout son talent pour lier intime et société comme elle avait déjà su le faire dans Marzi, Hey Djo ! ou encore Petit Pays.

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